Objectif bois

Le marché du bois d’œuvre : tendances, pénuries et opportunités pour les professionnels du bâtiment

Le marché du bois d’œuvre : tendances, pénuries et opportunités pour les professionnels du bâtiment

Le marché du bois d’œuvre : tendances, pénuries et opportunités pour les professionnels du bâtiment

Si vous travaillez dans le bâtiment, vous avez forcément déjà entendu, ou prononcé, ces phrases ces dernières années : « Les prix du bois, c’est devenu n’importe quoi », « Mon fournisseur ne peut plus me garantir les délais », « On va finir par repasser au béton, au moins on est livrés… ».

Le marché du bois d’œuvre a connu un véritable coup de chaud depuis 2020. Tensions sur les approvisionnements, flambée des prix, puis retombée brutale sur certaines essences, nouvelles exigences réglementaires… Tout ça dans un contexte où le bois est largement mis en avant comme matériau de la transition bas carbone.

Dans cet article, je vous propose un tour d’horizon « terrain » de la situation actuelle, avec un focus sur ce qui intéresse concrètement les professionnels du bâtiment : quelles tendances structurelles, où se situent réellement les pénuries, et surtout quelles opportunités saisir pour sécuriser vos chantiers et vos marges.

Où en est vraiment le marché du bois d’œuvre en 2024 ?

Le marché a vécu en trois ans ce qu’il vit habituellement en dix :

Après le pic de 2021, les prix se sont globalement détendus mais restent, pour beaucoup de produits, au-dessus du niveau 2018–2019. Surtout, la vraie nouveauté n’est pas le niveau de prix… mais l’irrégularité :

Autrement dit : ce n’est plus « le bois est cher ou pas cher », mais « tel produit, pour tel usage, avec tel délai… est-il disponible à un coût acceptable ? ».

Pour travailler sereinement, il faut donc comprendre la mécanique derrière le marché, plutôt que de subir la suite des gros titres de presse.

Les grandes tendances de fond : ce qui ne va pas redescendre

Au-delà des à-coups conjoncturels, plusieurs tendances structurelles vont durablement influencer le bois d’œuvre.

1. La demande en construction bois augmente vraiment

On parle souvent du « boom » de la construction bois. Dans la réalité, on partait de bas, mais la progression est nette :

À horizon 2030, il est réaliste d’anticiper une hausse de 30 à 50 % des volumes de bois d’œuvre destinés au bâtiment, si les politiques publiques restent cohérentes.

2. Les crises sanitaires forestières rebattent les cartes

La ressource bois, en France comme en Europe, n’est pas « à sec », loin de là. Par contre, elle n’est pas toujours là où on en aurait le plus besoin, ni sous la forme idéale pour faire de la charpente C24.

Quelques éléments clés :

Conséquence pour le bâtiment : il faudra composer avec une ressource plus diversifiée en essences, en qualités et en dimensions, et ne plus tout miser sur l’épicéa standardisé.

3. La pression carbone devient un vrai critère économique

Avec la RE2020 et les démarches bas carbone des grands donneurs d’ordre, le bois n’est plus seulement choisi pour la facilité de chantier ou le confort, mais pour ce qu’il apporte dans le bilan carbone du bâtiment.

À moyen terme, cela va :

Les vraies zones de tension : pénuries et points durs à anticiper

Parlons maintenant concret : quels produits sont réellement tendus, et pourquoi ?

Résineux de structure standardisés (C24, S10…)

C’est la catégorie la plus sensible pour les professionnels du bâtiment :

Les pénuries ne viennent pas tant d’un manque de bois dans la forêt que de capacités industrielles (sciage, séchage, tri, traitement) qui ont du mal à suivre les pics de demande.

Produits industriels bois : CLT, LVL, poutres collées

CLT, poutres en lamellé-collé, LVL… ces produits sont au cœur des systèmes constructifs performants (grande portée, hauteur, mixte bois-béton). Les tensions portent sur :

Il est courant de voir des délais de 4 à 6 mois entre la commande et la livraison sur des projets complexes. Cela demande une anticipation fine côté maîtrise d’ouvrage et entreprises.

Certains feuillus de qualité

Contrairement à une idée reçue, nous ne manquons pas de feuillus en France. Par contre, on manque parfois :

Les tensions se manifestent surtout sur des spécifications exigeantes (longueurs, choix sans nœuds, classes visuelles élevées).

Opportunités pour les pros : où vous pouvez vraiment tirer votre épingle du jeu

Dans ce contexte mouvant, il existe plusieurs leviers concrets pour les entreprises du bâtiment, les charpentiers, les menuisiers, mais aussi les MOE et MOA.

1. Diversifier les essences et les classes d’emploi

C’est probablement le levier le plus puissant à court terme. Plutôt que de tout dimensionner autour de « l’épicéa C24 traité classe 2 ou 3 », il est souvent possible :

Sur un chantier de logements collectifs que j’ai suivi, le passage d’un système tout épicéa importé vers un mix épicéa/douglas régional (même performances mécaniques, traitement mieux ciblé, optimisation des sections) a permis de :

La clé, c’est d’associer dès la phase APS/APD le charpentier, le BET et le fournisseur bois pour adapter les sections, les portées et les détails constructifs à cette diversité d’essences.

2. Travailler sur la standardisation interne

Vous subissez les ruptures de stock sur les sections « exotiques » ? Commencez par regarder votre propre catalogue de sections et de systèmes.

Deux entreprises de charpente de taille comparable peuvent :

Résultat : la seconde négocie mieux ses prix, sécurise ses approvisionnements et simplifie ses chantiers (moins de chutes, moins d’erreurs).

Questions utiles à se poser dans votre entreprise :

3. Sécuriser des relations directes avec les scieries

Passer par un négoce reste indispensable dans beaucoup de cas, notamment pour la logistique, la diversité de l’offre et certains services. Mais pour les gros consommateurs de bois d’œuvre, nouer des relations directes avec une ou deux scieries locales peut changer la donne.

Avantages potentiels :

Attention toutefois :

4. Mieux intégrer le facteur « bois » dans la conception des projets

Beaucoup de difficultés naissent de projets conçus « à blanc », puis transposés au bois en phase PRO, parfois en remplaçant presque mécaniquement du béton ou de l’acier par du bois. Résultat :

Avec un travail de conception dès l’amont autour des systèmes bois disponibles localement, on obtient :

Comment gérer, côté entreprise, la volatilité des prix du bois ?

Au-delà des problèmes de disponibilité, l’autre casse-tête reste la volatilité des prix. D’un point de vue très opérationnel, quelques bonnes pratiques se dégagent.

1. Adapter la durée de validité de vos devis

Proposer un devis ferme et définitif à 6 mois, dans un contexte de marché tendu, est tout simplement une prise de risque démesurée.

Quelques pistes :

2. Segmenter vos achats bois

Plutôt que d’acheter tout votre bois au fil de l’eau au même fournisseur, vous pouvez :

3. Travailler sur l’efficacité matière

Le meilleur « bouclier » contre la hausse des prix du bois, c’est d’en gaspiller moins. C’est assez trivial, mais quand on commence à mesurer réellement le taux de chute sur un atelier, on tombe souvent de sa chaise.

Sur des chantiers de charpente ou d’ossature, il n’est pas rare de voir des taux de déchets bois (non valorisés en autre chose qu’en évacuation) de 10 à 20 % des volumes achetés.

Quelques leviers :

Et du côté forêt et scieries : quelles évolutions à anticiper ?

Pour les professionnels du bâtiment, comprendre ce qui se passe « en amont » aide à mieux lire les signaux du marché.

1. Un mouvement vers plus de contractualisation

Traditionnellement, beaucoup de bois se vendait encore sur pied aux enchères, sans visibilité pluriannuelle. On voit se développer :

Cela devrait, à terme, stabiliser une partie de l’offre… mais aussi pousser les industries à privilégier les clients les plus prévisibles.

2. Une montée en puissance des bois dits « secondaires »

Pour répondre à la double contrainte « climat + demande en bois », la filière va devoir mieux valoriser :

Pour vous, côté chantier, cela signifie que vous verrez vraisemblablement apparaître :

À retenir pour vos prochains projets

Pour terminer, quelques points clés à garder en tête pour naviguer dans ce marché du bois d’œuvre sans y laisser ni vos nerfs ni vos marges :

En résumé : le marché du bois d’œuvre devient plus technique et plus exigeant, mais il offre aussi des marges de manœuvre à ceux qui prennent le temps de comprendre la chaîne complète, du peuplement forestier jusqu’au détail d’assemblage sur chantier.

Si vous souhaitez que j’aborde, dans un prochain article, un type de produit en particulier (CLT, lamellé-collé, ossature légère, feuillus en structure…) ou un retour d’expérience chantier plus détaillé, indiquez-le-moi en commentaire. Je pourrai entrer dans le dur avec des cas concrets, des coûts comparés et des plans-types.

Arthur

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