La place du bois dans les nouvelles réglementations environnementales du bâtiment et la re2020

La place du bois dans les nouvelles réglementations environnementales du bâtiment et la re2020

Depuis l’entrée en vigueur de la RE2020, je vois passer la même question chez les architectes, maîtres d’ouvrage, artisans… et même chez des particuliers en phase de projet : « Est-ce que je suis obligé de passer au bois maintenant ? ». La réponse courte : non. La réponse honnête : si vous voulez rester dans les clous de la réglementation dans les années qui viennent, le bois (et plus largement les matériaux biosourcés) va devenir très difficile à éviter.

Dans cet article, je vous propose de regarder la RE2020 non pas comme un texte théorique, mais comme un cahier des charges concret qui change la manière de concevoir les bâtiments. Et surtout de voir, chiffres à l’appui, où le bois apporte un vrai avantage… et où il ne suffit pas à « sauver » un mauvais projet.

Ce que change vraiment la RE2020 pour les matériaux

La RE2020 remplace la RT2012, mais la rupture principale ne se situe pas sur l’isolation ou la consommation de chauffage. Le vrai changement, c’est l’arrivée du calcul carbone sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment.

Trois idées-clés à garder en tête :

  • On ne regarde plus seulement l’énergie consommée en usage (chauffage, ECS, etc.), mais aussi l’énergie et le carbone « gris » des matériaux et des équipements.
  • Chaque composant compte via ses données environnementales (FDES, PEP, etc.), avec une approche analyse de cycle de vie (ACV).
  • Des seuils carbone sont fixés et vont se durcir par étapes (2025, 2028, 2031) pour les logements, puis d’autres typologies de bâtiments.

En résumé : on ne peut plus compenser un gros impact carbone des matériaux par un excellent chauffage. Il faut travailler à la fois sur la sobriété énergétique et sur la « sobriété matière ».

Et c’est là que le bois arrive naturellement dans la discussion.

Pourquoi le bois est favorisé (de fait) par l’ACV

Dans les bases de données environnementales utilisées pour la RE2020 (INIES, etc.), chaque produit de construction a :

  • une énergie grise (kWh primaire/m² ou par unité),
  • un impact carbone (kgCO₂e),
  • et parfois des informations sur la fin de vie (recyclage, combustion, stockage temporaire de carbone).

Or, dans la majorité des cas :

  • Les matériaux bois ont une énergie grise nettement plus faible que l’acier, l’aluminium ou le béton armé, à performance équivalente.
  • Le bois stocke du carbone biogénique pendant la durée de vie du bâtiment (et parfois au-delà si le bois est réemployé ou recyclé).
  • Les processus industriels bois sont souvent moins énergivores que ceux des matériaux minéraux ou métalliques (séchage, sciage, collage vs cuisson de clinker, réduction de minerai, etc.).

Exemple simplifié à l’échelle d’un mur de maison individuelle (ordre de grandeur, données moyennes) :

  • Mur béton banché isolé par l’intérieur : environ 200–300 kgCO₂e/m² de paroi.
  • Mur à ossature bois + isolant biosourcé (fibre de bois, ouate…) : typiquement 40–90 kgCO₂e/m², en comptant le stockage de carbone du bois.

On parle donc d’un facteur 3 à 5 sur l’impact carbone de cette paroi seule. À l’échelle d’une maison de 120 m² avec 150 m² de murs extérieurs, le différentiel devient vite majeur dans le calcul RE2020.

Le bois dans la structure : le levier le plus puissant

Si on veut vraiment profiter du potentiel du bois dans le cadre de la RE2020, c’est sur la structure qu’il faut regarder en premier. C’est là que se trouve le plus gros tonnage de matériaux et donc le plus gros levier carbone.

Trois grandes familles de systèmes bois structurants :

  • Ossature bois (MOB) : montants/bois de charpente + panneaux (OSB, contreplaqué, fibre de bois dense…). C’est le système le plus répandu en maison individuelle.
  • Bois massif reconstitué type CLT (cross laminated timber) : panneaux massifs croisés, très utilisés en logements collectifs, bureaux, écoles.
  • Poteaux-poutres bois : idéal pour les grandes portées, les rez-de-chaussée commerciaux, les halles industrielles.

Dans beaucoup de projets que je vois passer, le simple fait de passer :

  • d’une structure béton plancher-hourdis + voiles béton,
  • à une structure mixte béton/bois (noyau en béton, étages en CLT ou ossature),

permet de réduire le bilan carbone construction (indicateur Icconstruction) de 20 à 40 %, sans bouleverser le plan de départ.

Exemple typique, issu d’une opération de logements collectifs :

  • Structure 100 % béton : Icconstruction > seuil 2025 (projet non conforme sans optimisations lourdes).
  • Structure mixte noyaux béton + étages en CLT : passage sous le seuil 2025, marge de manœuvre conservée pour des matériaux de second œuvre non optimisés.

Dans ces configurations, le bois ne joue pas seulement un rôle « décoratif » mais bien stratégique pour respecter la RE2020 à coût global maîtrisé.

Le bois en enveloppe et en second œuvre : des gains plus diffus, mais utiles

Une fois la structure optimisée, on peut regarder le reste du bâtiment :

  • Isolation : laines de bois, ouate de cellulose, liège, etc. Ces isolants peuvent réduire l’impact carbone par rapport à des laines minérales ou isolants pétrosourcés, à résistance thermique équivalente.
  • Menuiseries extérieures bois : souvent plus performantes sur le plan environnemental que l’alu, tout en restant compétitives par rapport au PVC, surtout quand l’esthétique bois est recherchée.
  • Revêtements intérieurs (lambris, panneaux bois, parquets) : chaque surface couverte par du bois plutôt que par des produits très émetteurs (certains carrelages, résines, etc.) améliore légèrement le bilan global.

C’est un peu l’effet « millefeuille » : chaque couche biosourcée ne va pas, seule, renverser le projet, mais l’addition des petites économies carbone permet de garder une marge dans le calcul, par exemple pour un système de chauffage plus classique ou une ventilation un peu plus énergivore.

RE2020 : où le bois ne suffit pas (et c’est important de le dire)

Le bois n’est pas une baguette magique réglementaire. La RE2020 reste très exigeante sur :

  • Le besoin bioclimatique (Bbio) : orientation, compacité, protections solaires, inertie thermique… Un bâtiment tout bois mais mal orienté, avec de grandes baies au sud sans protection, restera mauvais au Bbio.
  • Les consommations d’énergie (Cep, Cep,nr) : isolation, étanchéité à l’air, systèmes de chauffage, ECS, ventilation, éclairage. Un bâti très performant en bois mais chauffé avec des convecteurs électriques direct aura du mal à passer.
  • Le confort d’été (DH) : sujet essentiel avec des parois légères. Utiliser du bois ne dispense pas de penser à l’inertie, aux protections solaires, au rafraîchissement.

En pratique, je rencontre parfois des projets « full bois » qui peinent à passer la RE2020… simplement parce que les fondamentaux bioclimatiques ont été négligés. À l’inverse, des projets « mixtes » bien conçus, avec une part significative de béton (pour l’inertie) et une enveloppe bois, s’en sortent très bien.

Le message à retenir : la RE2020 récompense les projets cohérents avant de récompenser un matériau en particulier.

Quelques idées reçues sur le bois et la RE2020

Parmi les discussions de chantier ou de bureaux d’étude, je retrouve souvent les mêmes phrases. Quelques mises au point rapides.

« Avec du bois partout, c’est gagné d’office »

Non. Si le bâtiment est mal orienté, mal isolé, très vitré sans protection ou équipé de systèmes énergivores, le bois ne rattrapera pas tout. Il améliorera votre Icconstruction, mais pas forcément vos Cep ou Bbio.

« Le bois, c’est bon pour la RE2020, mais pas pour le feu »

La réglementation incendie reste la même, que le projet soit en bois ou pas. Les systèmes constructifs bois sont aujourd’hui parfaitement cadrés (DTU, Eurocodes, avis techniques). Un élément de structure en bois dimensionné pour le feu est tout aussi réglementaire qu’un voile béton. Le dimensionnement change, pas la sécurité exigée.

« Le bois, ça va exploser le coût du projet »

On est sur un sujet plus nuancé. En maison individuelle, les coûts entre maçonnerie traditionnelle et ossature bois sont souvent comparables, selon les régions et les filières. En collectif, le tout bois peut être plus cher à l’investissement, mais :

  • les temps de chantier sont plus courts (moins de mois de grues, de coffrage, etc.),
  • les fondations peuvent être allégées (structures plus légères),
  • le bilan global (investissement + exploitation) peut rester compétitif, surtout si les seuils carbone à venir évitent des pénalités indirectes ou des surcoûts d’optimisation.

La bonne approche consiste à chiffrer des variantes (béton, mixte, bois) en intégrant la RE2020 dès l’esquisse, plutôt que de « plaquer du bois » à la fin pour rattraper un mauvais bilan carbone.

Échéances RE2020 : pourquoi le bois va devenir central

Les seuils de la RE2020 ne sont pas figés. Pour le logement neuf, les exigences en Icconstruction vont se durcir progressivement :

  • niveau initial (2022–2024),
  • puis premières baisses des seuils en 2025,
  • nouvelle étape en 2028,
  • et objectif 2031 nettement plus ambitieux.

Un projet qui « passe juste » aujourd’hui risque d’être hors-jeu dans quelques années si on ne prend pas dès maintenant l’habitude d’intégrer des matériaux bas carbone, biosourcés ou issus du réemploi.

Dans ce contexte, le bois a trois avantages stratégiques :

  • Une industrie déjà mature : filières de sciage, de panneaux, d’ingénierie bois, règles de calcul (Eurocode 5), retours d’expérience sur des grands projets.
  • Un gisement national important : même si la balance commerciale est encore déficitaire sur certains produits, la ressource forestière française permet de structurer des filières locales.
  • Une compatibilité forte avec les autres leviers de la RE2020 : préfabrication, industrialisation, réduction des déchets de chantier, logistique plus légère.

Autrement dit, miser sur le bois aujourd’hui, ce n’est pas suivre un effet de mode : c’est se mettre en phase avec une trajectoire réglementaire qui va durer plusieurs décennies.

Comment intégrer le bois intelligemment dans un projet RE2020

Que vous soyez maître d’ouvrage, architecte, BET ou artisan, voici une approche pragmatique que je vois fonctionner sur le terrain.

1. Travailler d’abord le bioclimatisme et l’enveloppe

  • Optimiser l’orientation des baies, la compacité, les protections solaires.
  • Choisir des niveaux d’isolation cohérents avec le climat local, sans tomber dans la surépaisseur déraisonnable.
  • Assurer une enveloppe très étanche à l’air, quel que soit le système constructif (bois, béton, mixte).

2. Décider du niveau d’intégration du bois

  • Seulement en second œuvre / finitions ? (impact limité sur Icconstruction, mais intéressant pour l’ambiance intérieure et un premier pas vers le biosourcé).
  • En enveloppe (murs ossature bois, isolation biosourcée) ? (bon compromis performance/carbone/coût).
  • En structure principale (ossature bois, CLT, poteaux-poutres) ? (levier maximum sur l’ACV).

3. Vérifier très tôt la disponibilité filière

  • Discuter avec des entreprises bois locales dès l’APS/PRO.
  • Identifier les produits bois avec FDES vérifiées pour sécuriser les calculs ACV.
  • Anticiper les questions logistiques : préfabrication en atelier, levage, phasage avec les autres corps d’état.

4. Tester des variantes dans l’outil RE2020

  • Comparer un scénario « minéral classique » avec un scénario « mixte » et un scénario « bois poussé ».
  • Observer les effets sur :
    • Icconstruction (carbone construction),
    • Bbio (besoin bioclimatique),
    • Cep et Cep,nr (consommations d’énergie),
    • DH (confort d’été).
  • Ajuster le curseur bois / minéral là où c’est pertinent (inertie, portées, coût, délai).

Check-list rapide : bois et RE2020

Pour terminer, voici une liste opérationnelle à garder sous la main au démarrage d’un projet.

  • Ai-je intégré dès l’esquisse :
    • une réflexion sur la part de bois dans la structure,
    • le recours à des isolants biosourcés,
    • l’utilisation de finitions bois là où c’est cohérent ?
  • Mes produits bois disposent-ils de FDES/FDES collectives dans INIES, ou vais-je utiliser des données par défaut (souvent pénalisantes) ?
  • Le confort d’été a-t-il été étudié spécifiquement pour des parois plus légères (protections solaires, ventilation nocturne, inertie complémentaire) ?
  • Les entreprises de gros œuvre, charpente, façades ont-elles déjà travaillé ensemble sur des projets bois ou mixtes ? Si non, ai-je prévu un temps de coordination supplémentaire ?
  • Le bois est-il utilisé là où il a le plus d’impact sur l’ACV (structure, enveloppe) plutôt qu’en simple « habillage carbone » ?
  • Le projet reste-t-il lisible et réparable dans le temps (assemblages accessibles, protections des bois en pied, gestion des points singuliers) ?

La RE2020 ne rend pas le bois « obligatoire » au sens strict, mais elle pousse très clairement à repenser nos habitudes de construction. Entre un bâtiment optimisé béton/acier qui passe tout juste en 2024 et un bâtiment largement bois qui restera conforme en 2031, la différence ne se jouera pas seulement sur des kWh ou des fiches techniques. Elle se joue dès aujourd’hui, dans la façon dont on choisit ses matériaux, ses partenaires et ses priorités.

Si vous êtes en phase de réflexion sur un projet et que vous hésitez entre plusieurs systèmes constructifs, le bois mérite vraiment d’être chiffré et simulé sérieusement dans un calcul RE2020, et pas simplement évoqué autour de la table. C’est souvent à ce moment-là que les idées reçues tombent… et que les choix deviennent plus clairs.

Arthur